Conversation avec un chauffeur de taxi

Politique

Sur le site www.tibetabc.cn, nous avons trouvé la transcription d'une conversation entre un Tibétain et un chauffeur de taxi chinois, à Xining (Qinghai). Elle nous a semblé symptomatique de l'incompréhension qui règne entre les deux peuples, et du haut degré de frustration où sont les Tibétains actuellement. Elle montre également le refus des Tibétains de célébrer le Nouvel An tibétain, malgré les injonctions des autorités, auxquelles il est fait allusion dans cette conversation.

La photo ci-contre est intitulée "Les Tibétains s'activent pour acheter des lanternes rouges pour souhaiter la bienvenue à la prochaine Fête du Printemps [Nouvel an chinois]". On peut la trouver sur le site http://eng.tibet.cn/news/today/200901/t20090121_448770.htm

En réalité, ces pasteurs nomades semblent plus perplexes qu'enthousiastes...

Conversation avec un Chinois, à propos du Nouvel an de cette année

Aujourd’hui, après être allé à l’hôpital pour enfants, plutôt que de prendre l’autobus pour retourner chez moi, je suis rentré en taxi. Sur la route, un Chinois m’a demandé :

« De quelle nationalité es-tu ?

- Je suis Tibétain.

- Cette année, vous les Tibétains, allez-vous fêter le nouvel an tibétain ?

- Pourquoi poses-tu cette question ?

- Il parait que les autorités ont décidé que, cette année, le nouvel an chinois et le nouvel an tibétain seraient célébrés ensemble à la fête de printemps [nouvel an chinois]. Mais certains disent que cette année, il n’y aura pas de nouvel an. C’est pour cela que je te pose la question. Je me demande comment vous allez célébrer le nouvel an cette année.

- Pour les autres, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, sincèrement, je n’ai pas envie de fêter le nouvel an. Et même si nous le fêtons, ce ne sera pas vraiment le nouvel an. »

Avec un rire, il a continué : « Pour quelle raison ne fêtez-vous pas le nouvel an cette année ? » Sans hésitation, je lui ai répondu ce que je pensais : « Nous sommes en deuil parce que, cette année, de nombreuses vies ont pris fin. »

Sans arrière-pensée, il a demandé :

« Oh, alors, vous n’allez pas obéir à ce qu'ont décidé les autorités ?

- Je ne savais pas que les autorités avaient pris une telle décision. Et même si je l’avais su, rien ne garantit que j’aurais appliqué cette décision.

- Pourquoi ?

- En général, ce n’est pas parce que la date et la manière de célébrer les fêtes comme le nouvel an sont différentes selon les nationalités et les pays, que l’Etat use de la force pour que cela se passe ainsi [célébration commune].

Il a ri : « Vous les Tibétains, ne dites-vous pas que ‘Le soleil et la lune sont les enfants d’une même mère. Les Chinois et les Tibétains sont les enfants de mêmes parents’ [paroles d’une chanson] ? »

Je me suis alors un peu énervé et lui ai rétorqué : « Que l’on soit des enfants de mêmes parents, ou des personnes sans lien entre elles, il peut être difficile de vivre ensemble quand il n’y a pas de respect mutuel, et que le grand commande le petit  sans ménagement ».

Etonné, il m’a toisé des pieds à la tête et m’a demandé : « Et tu es un Tibétain d’où ? »

« Un Tibétain de Xining ».

Il a secoué la tête : « Ne raconte pas de mensonges. Xining est une ville chinoise. Es-tu de Golok, ou de Yushu ? »

J’ai ricané : « Et qui t’a dit que Xining était une ville chinoise ?

- Pourquoi poses-tu une question pareille ? J’ai grandi ici depuis l’enfance. Je sais bien si c’est une ville tibétaine ou chinoise! »

Je lui ai demandé s’il était déjà allé à l’école. En riant, il a dit qu’il avait terminé le collège. J’ai réagi : « Alors, regarde un peu l’histoire ! Ce n’est vraiment pas la peine qu’on se dispute tous les deux pour savoir qui est le maître des lieux ! »

Il m’a demandé de quelle université j’étais diplômé.

« Je ne suis jamais allé à l’école, mais je sais un peu écrire. »

Après réflexion, il a déclaré :

« Vous, les Tibétains, vous parlez trop.

- Quand les Tibétains voient des vantards sans fondement, ils ne peuvent pas rester silencieux. »

Il a ri, puis, comme nous étions arrivés à destination, je l’ai payé et nous nous sommes séparés.

En y repensant, je n’étais vraiment pas satisfait de cette conversation avec ce chauffeur, c’est la raison pour laquelle je l’ai rapportée sur ce blog.

Son numéro d’immatriculation est le 7503.

"Raise the red lantern" - nous ne sommes plus à la Cité Interdite mais à Lhasa - cf. le Potala en arrière-plan. Cette photo provient du site http://eng.tibet.cn/

Les commentaires que les internautes tibétains ont laissé sous ce post sont unanimes : l'auteur a eu raison de mettre les points sur les i et de dire ce que les Tibétains ont sur le coeur. Certains internautes témoignent aussi de ce qu'ils ont connu le même type de conversation.