4. Langue & écriture : (tib. skad yig)
Les linguistes définissent une « famille de langues tibétaines », qui comprend le tibétique, le bodique et le qiangique (voir carte XX). Bien qu’elles ne permettent souvent pas d’intercompréhension dans leur forme parlée, la plupart de ces langues partagent le même alphabet et la même orthographe, de même qu’un riche fond commun de vocabulaire et de structures syntaxiques. Leurs locuteurs se répartissent le long du haut-plateau de Gilgit et le Baltistan à l’extrême ouest, à la région des quatre rivières et des six chaînes de montagne au sud-est, et au nord jusqu’aux région situées autour du lac Kokonor, connues sous les noms de Hwari (tib. dPal ri) et Tsongkha. La population nomade, mobile, possède des dialectes particuliers. Ces limites du monde tibétain sont déjà mentionnées dans les manuscrits les plus anciens (8ème-10ème siècles). Malgré les grandes distance entre les différentes zones peuplées du haut-plateau et les difficultés de déplacement et de communication, les locuteurs d’une langue ou d’un dialecte tibétain qui ont étudié la langue littéraire (que ce soit dans la société traditionnelle ou actuellement) peuvent rapidement s’adapter et communiquer en employant une sorte de « langue commune » (tib. spyi skad). Dans la société traditionnelle, elle était appelée « chos skad », la « langue du Dharma », utilisée dans les monastères par les moines, originaires de diverses régions.
On peut également, de façon plus large, classer ces langues dans la famille des langues tibéto-birmanes, qui elle-même fait partie d’un groupe plus grand, le groupe des langues sino-tibétaines.
Le système d’écriture tibétain est alphabétique. Il est constitué de trente consonnes et quatre voyelles. Selon la tradition, il a été créé par Thönmi Sambotha au cours de la première moitié du 7ème siècle, sur la base d’une écriture indienne, le Gupta du Nord. Des simplifications de la forme des lettres et de l’écriture ont eu lieu, et de nouveaux signes ont été inventés pour transcrire les phonèmes tibétains qui n’existaient pas dans le système linguistique indien.
D’après de récentes recherches en linguistique, les habitants du plateau tibétain, ainsi que de nombreuses populations à la périphérie, parlent des langues tibétiques, bodiques et qiangiques. La plupart de ces populations utilise l’alphabet tibétain qui, à partir du 13ème siècle, devient l’une des écritures les plus répandues en Haute Asie. Cette écriture est encore employée par les pratiquant des diverses formes de bouddhisme tibétain ou Vajrayana, et de la religion tibétaine indigène, le Bön.
D’autres populations, en particulier les Mongols, ont également adopté et utilisé l’écriture tibétaine pendant de nombreux siècles, pour leurs pratiques religieuses mais aussi dans d’autres domaines de connaissance, comme la médecine ou l’astrologie. Cet emploi de l’écriture tibétaine se poursuit encore aujourd’hui, dans une certaine mesure, dans les régions de culture mongole.
Aujourd’hui, le tibétain, aussi bien dans sa forme parlée qu’écrite, est la langue officielle en RAT (conjointement au chinois), mais son emploi reste extrêmement limité. Elle peut d’ailleurs être considérée comme une des langues du monde actuellement menacées de disparition. Dans certaines régions du Kham et de l’Amdo, elle a pu garder un rôle limité dans le domaine public, mais elle est constamment menacée par le pouvoir économique et politique des communautés chinoises, ainsi que par la politique de la RPC consistant à « diviser les nationalités pour régner ». Le progrès de l’emploi du tibétain dans les médias et sur Internet, de même qu’un programme d’enseignement unique pour tous les enfants tibétains, la production de matériel pédagogique nouveau, intéressant et adapté, le développement de la littérature moderne et la traduction des œuvres littéraires majeures en tibétain contribueront sans aucun doute à la survie de cette langue dans la société moderne. Le tibétain classique possède une terminologie extrêmement riche, qui peut être utilisée pour créer des néologismes nécessaires pour rendre les nouveaux concepts, dans les domaines scientifique, politique, économique, culturel et social. De plus, la langue tibétaine possède une souplesse et une adaptabilité uniques, qui permettent son emploi dans le contexte social actuel. Quoi qu’il en soit, il est primordial de mettre en œuvre une politique unifiée et harmonieuse pour tous les locuteurs du tibétain, dans le domaine de développement et de l’utilisation de la terminologie moderne, ainsi que pour les toponymes et patronymes étrangers.
Les Tibétains étaient des experts en traduction dès le 8ème siècle de notre ère. Les besoins en matière de plurilinguisme induits par leur empire militaire, ainsi que le vaste programme de traduction des enseignements bouddhiques qui a commencé dès cette époque, ont permis le développement, parmi l’intelligentsia tibétaine, d’une finesse dans l’analyse du langage et d’une tolérance vis-à-vis des autres civilisations.
PLURILINGUISME TIBETAIN ET BOUDDHISTE vs. MONOLINGUISME HAN
Alors que les dynasties han chinoises des Tang, des Song et des Ming ont tendu vers le monolinguisme, influencées par ce qu’elles considéraient comme la supériorité de l’Empire du Milieu et de sa civilisation confucianiste, les empires mongol et mandchou, originaires d’Asie Centrale, et ayant adopté le bouddhisme tibétain comme religion d’État, sont devenus des pôles d’activités polyglottes : traductions, production de grammaires et de dictionnaires, documents officiels et édits. À l’exception de l’empire Tangoute ou Xixia, aucun empire ou royaume d’Asie Centrale n’a adopté le confucianisme ou l’écriture chinoise, et aucun n’a été assimilé à la philosophie chinoise.
Aujourd’hui, sous l’actuel empire communiste chinois les tensions politiques et culturelles ne sont toujours pas résolues. En effet, malgré la propagande officielle, la majorité han méprise les minorités ethniques, alors même que la Constitution prône leur respect. Ce paradoxe est manifeste jusque sur les billets de banque, qui présentent des inscriptions en plusieurs langues, influencées par la philosophie des empires d’Asie Centrale, assez contraire au nationalisme intolérant des Hans.
L’ «OCEAN DE LA LITTERATURE TIBETAINE», QUATORZE SIECLES D’ECRITS
Le Tibet, avec son « océan de littérature » riche et varié qui s’est déployé depuis mille quatre cents ans, est détenteur de l’une des plus importantes traditions littéraires en Asie. En effet, si on compare la population au nombre d’écrivains ou de livres produits, les Tibétains peuvent être considérés comme un des peuples les plus prolifiques dans l’histoire de l’humanité en ce qui concerne la littérature.
L’éducation au temps de l’Empire Pugyal Empire et du grand Tibet
On connaît peu de choses sur le système éducatif au temps de l’empire tibétain. Cependant, il apparaît que les fils de la noblesse et de l’élite militaire recevaient une formation dans de nombreuses disciplines pratiques et théoriques. Certains d’entre eux étaient envoyés étudier en Chine à la cour des Tang, alors que d’autres partaient en Asie Centrale, et que d’autres encore étaient envoyés en Inde et au Népal. À la même époque, en particulier au cours des 8ème et 9ème siècles, des moines bouddhistes et des pandits étrangers, originaires de l’Inde, du Népal, du Cachemire, de Khotan, de Chine et même de Corée, venaient au Tibet.
Les plus anciens manuscrits et inscriptions en tibétain connus
Au début du 20ème siècle, un corpus de milliers de manuscrits tibétains, datés du 8ème au 10ème siècles de notre ère, ont été découverts sur la Route de la soie, dans une grotte murée de l’ancien complexe monastique troglodyte de Dunhuang. Cet oasis est resté sous la domination tibétaine pendant près de quatre-vingts ans (787-860). Un nombre important d’inscriptions sur stèles de pierre et sur rocher existe également et nous donne des informations précieuses sur les traités officiels, les dotations et les autorités officielles.
Ecoles de traduction et théorie linguistique ancienne
Au temps de l’empire tibétain, le système d’écriture et la traduction de documents répond à l’objectif de régner sur un empire militaire et permet la traduction de textes bouddhiques [à compléter]
Education monastique
Entre le début du 11ème siècle et la première moitié du 20ème siècle, la population instruite était principalement concentrée dans les monastères, où existait un système d’éducation religieuse et générale hautement structuré, en particulier dans les monastères des écoles Sakyapa et Gelukpa. La tradition du débat, oral et écrit y tenait un rôle très important.
Education laïque
Cependant, l’éducation des enfants avait également lieu dans les demeures et dans de petites écoles privées. Comme en témoignent de nombreuses biographies, les deux parents, père et mère, enseignaient à leurs enfants à lire et à écrire, et les familles aisées invitaient également dans leurs maisons des précepteurs spécialistes pour enseigner aux enfants des disciplines variées. Ce système d’instruction privée était particulièrement répandu parmi les Ngakpa (pratiquants bouddhistes laïcs) ou parmi les familles riches ou nobles. Dans certains cas, elle était reservée aux garçons.
Disciplines / branches du savoir [à compléter]
Tradition médicale
Astrologie
Grammaire
Art de l’écriture, du débat, de la critique
Art
Historiographie
Biographie
Missionnaires, débats avec