Leçon 14 : Kong Fansen et les orphelins tibétains

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La leçon quatorze poursuit la glorification des héros nationaux en se consacrant cette fois non pas à militaire, comme Sanje, mais à un civil, Kong Fansen, modèle du « bon cadre communiste, dont les exploits ont donné lieu à un film ainsi qu’à une série télévisée » (Bonin, Michel. Le retour des héros. Perspectives chinoise n°34. Avril 1996).

Kong Fansen est le principal héros des années 1990, alors que le gouvernement chinois s’efforce de remettre au gout du jour les valeurs socialistes et maoïstes, durement malmenées par les nécessaires réformes économiques qui ne s’accompagnent d’aucune réforme politique, et par la corruption à peu près généralisée des cadres dirigeants. Kong Fansen sacrifie ainsi sa vie au Parti : il accepte en effet de travailler dans les régions « sauvages » de l’Ouest, où les conditions de vie et le climat sont les plus difficiles, et même, plus tard, demande à y demeurer. De plus, il renonce à tout enrichissement personnel (la légende veut qu’il laisse à sa mort seulement 8,6 yuans, et qu’il n’ait pratiquement jamais envoyé d’argent à sa famille, au Shangdong), ce qui contraste clairement avec le comportement habituel de ses homologues.

Ainsi, M. Bonin, dans le même article, note que « le décalage est si grand aujourd’hui entre la réalité et les valeurs d’un autre âge véhiculés par ces modèles qu’on pourrait dire qu’ils font tout ce que la plupart des gens ne font pas et réciproquement. »

Le deuxième élément que personnifie le brave Kong Fansen est l’amour paternaliste de Pékin pour ses « minorités ethniques ». Il s’engage ainsi, pour la gloire du Parti, dans une mission civilisatrice à Lhasa et n’hésite pas à donner de sa personne pour assurer une éducation conforme, moderne, en résumé, culturellement chinoise, aux orphelins qu’il recueille. Il incarne ainsi non seulement la fraternité, mais plus encore, les efforts de « bonne volonté » que devraient avoir les cadres et, au-delà, tous les chinois de l’Ouest, pour l’intégration et l’acculturation des régions occidentales. (NdT)

Leçon 14 : Kong Fansen et les orphelins tibétains

Grand-père Kong Fansen était un fonctionnaire de l'assistance pour le Tibet, issu de la province de Shandong. Venu deux fois au Tibet pour y travailler, il a obtenu les postes avant sa mort, entre autres, de vice-maire de Lhasa et de secrétaire du Parti de la préfecture de Ngari.

En novembre 1994, malheureusement cet homme est mort dans un accident de voiture alors qu'il était en route pour une inspection au Xinjiang 1. Grand-père Kong Fansen était un cadre dirigeant modèle en ce qui concerne l'harmonie entre les nationalités. Il aimait le peuple tibétain et lui a consacré toute son énergie. Tous les gens qui le connaissaient savaient qu'il n'avait que trois enfants, cependant lui-même disait qu'il en avait cinq. La raison en était qu’il s'occupait, au Tibet, de deux orphelins tibétains.

Une année, un grave tremblement de terre se produisit dans le district de Meldro Gungkar. Il provoqua un glissement de terrain sur la route principale, fit s'effondrer les maisons du peuple et causa de graves pertes pour la population d'agriculteurs et d'éleveurs.

À cette époque vice-maire de la ville de Lhasa, Kong Fansen se rendit immédiatement dans la région qui avait subi les dommages, et rendit visite à chaque famille, qu’il interrogea sur sa situation. Il apporta la chaleur du Parti et du gouvernement dans le cœur de la population de la région affectée. Dans le xiang de Yarigang, Chönyi, Chöying et Künzang, des orphelins tibétains dont les parents étaient morts dans les décombres du tremblement de terre, vinrent sur ses genoux en pleurant et en criant. Il serra les trois enfants dans ses bras et leur dit avec amour et compassion : « Ne pleurez plus ! À partir de maintenant, je suis votre papa ! » Il les éleva tous les trois. Ensuite, pour alléger sa tâche, le maire Lobzang Döndrub accueillit Chönyi dans sa propre maison pour l'élever.

Grand père Kong Fansen s’est préoccupé non seulement de la santé de ces deux orphelins tibétains, mais aussi de toute leur éducation. Lui qui était accablé par ses journées de dur labeur, sa première tâche après son travail, était de cuisiner pour les deux enfants et ensuite de leur apprendre à lire. Il prenait également souvent sur son propre temps, pour assurer leur hygiène et nettoyer leurs vêtements. Lors des fêtes et des moments de repos, il avait le temps d'emmener le frère et la sœur, Chöying et Künzang, dans les librairies ou bien rendre visite aux personnes âgées qui vivaient seules. Il dépensait la majeure partie de son salaire pour les deux orphelins et parfois, lorsqu’il manquait d'argent, il complétait avec de l'argent envoyé depuis sa région d'origine, le Shandong.

Pour que les deux enfants grandissent sans problème, il est allé trois fois vendre son sang à l'hôpital, afin de [pouvoir] acheter des aliments nourrissants. Il élevait les enfants avec son salaire et l'argent tiré de la vente de son sang tiède. Il était économe et faisait peu de dépenses. Le riz et les légumes confits dans du vinaigre constituaient sa nourriture quotidienne. Quand il était très occupé, ils mangeaient des pains cuits à l'eau.

Deux jours avant sa mort, Oncle Kong Fansen avait appelé spécifiquement Chöying et Künzang du Xinjiang et leur avait dit qu’après son retour à Lhasa, il les emmènerait acheter de nouveaux livres à la librairie. Mais il est mort sans avoir le temps de réaliser son souhait, et nous a quittés pour toujours. Oncle Kong Fansen est pour nous un excellent exemple à suivre.

Exercices :

1) Explique comment Grand-père Kong Fansen a élevé les orphelins tibétains.

2) Quel courage est illustrée par la manière dont Grand-père Kong Fansen a élevé les orphelins tibétains?


  1. 1. Région Autonome ouïghoure du Xinjiang : Région conquise par l’empire mandchou au milieu du 18ème siècle. A la fin du 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle, plusieurs tentatives pour affirmer l’indépendance de la région voient le jour : en 1966, Yakup Bey proclame, dans la région de Kashgar, la République Islamique du Turkestan Oriental, entre Novembre 1933 et février 1934, Mehmet Emin Buğra fonde la seconde république du Turkestan Oriental, et enfin, la troisième république, fondée en 1944, disparaît en 1949 suite à l’intervention de l’armée populaire de libération. En 1955 est fondée la « Région autonome ouïghoure du Xinjiang ». Située au Nord-Ouest de la Chine, elle couvre 1 820 000 km2 (1/6 du territoire chinois), et était, jusqu’en 1950, peuplée majoritairement de turcophones musulmans. En 2002, on recensait officiellement 19 millions d’habitants dont 45% d’Ouïghours, 41% de Hans, 7% de Kazakhs, 5% de Hui et 1% de Kirghizs et de Mongols. Particulièrement riche en hydrocarbures, abritant le principal site d’essais nucléaires de la Chine, et frontalière avec l’Asie Centrale, cette région joue un rôle économique et stratégique important pour la Chine. Voir aussi la carte