
Voici un poème tibétain qui a été écrit le 11 mars 2007 (noter la date, qui n'est pas innocente), mais surtout qui a été re-posté au matin du 25 février 2009, c'est-à-dire le jour du Nouvel An tibétain dans le Tibet central.
Mon cercueil et moi
Bongtak Rilu, 3 mars 2007
L’Etat
M’a offert une pièce à vivre, on dirait un cercueil
On m’a remis toutes les clés
Et on m’a nommé « fonctionnaire », un titre ronflant.
Depuis
Je veille à la tranquillité de cette petite pièce qui ressemble à un cercueil.
Dans cette pièce qui ressemble à un cercueil
Il y a du bonheur, des rires
De la chaleur et des rêves
Et puis de la nourriture qui vient toute seule, des vêtements qui se fabriquent seuls
Aussi ai-je oublié le temps au-dehors,
J’ai oublié la neige J’ai oublié le vent J’ai oublié les moutons
Dans cette pièce qui ressemble à un cercueil
Je passe trois soixante cinq jours par an à chanter
Je passe douze mois sur douze à danser
Je passe vingt-quatre heures sur vingt-quatre à exposer mon bien-être
Où trouverais-je donc le temps de réfléchir sereinement ?
Depuis que je possède cette pièce qui ressemble à un cercueil
J’ai subi des bouleversements radicaux
Mon salaire a atteint 2800 yuan [250 euros]
Et tous mes vœux sont exaucés
Tous mes souhaits sont contentés
Je ne m’inquiète plus pour rien
Et je m’endors facilement, en ronflant paisiblement
Et je m’endors facilement, en rêvant lourdement
Depuis que je suis entré dans cette pièce qui ressemble à un cercueil
Cinq ans se sont écoulés
Où j’ai brûlé mes idéaux et mes rêves
Et noyé mes pensées vides dans la bière
Voilà plusieurs années
Que je ne me suis pas plaint
Que je n’ai pas hurlé
Que je n’ai pas pleuré
Pourquoi ? Parce que j’ai une pièce qui ressemble à un cercueil.