Souvenirs de Lhasa, en 2009

Politique

Bonne nouvelle : les blogs et sites en tibétain sont de nouveau visibles depuis quelques jours. Beaucoup de blogueurs ont accueilli avec joie la ré-ouverture de ces sites. Le texte ci-dessous, publié sur www.tibetabc.cn le 21-03-09, témoigne sans détours de l'omniprésence militaire et de l'ambiance délétère qui règne actuellement à Lhasa.

 

Souvenirs de Lhasa, en 2009

1. Il y a très longtemps, ce haut-lieu était la terre de nos ancêtres, où les rayons de soleil étaient chauds, et qui était purifiée par les dix vertus. Les hommes qui y vivaient, compatissants et aimants, ne se nuisaient que très peu entre eux, et ils vivaient dans la paix. Le son de la conque qui résonnait depuis le Jokhang, celui des moines des trois sièges bouddhiques qui débattaient pour que progresse la vérité grâce à la connaissance des cinq grands traités, celui des nombreux passants dans les ruelles qui, un rosaire à la main, récitaient leurs prières, et les propos polis des commerçants, comme tout cela était doux aux oreilles ! La ville de Lhasa de 2009, est-elle aussi agréable qu’elle l’était autrefois ?

2. J’éprouve une profonde compassion envers le Potala, qui se trouve à Lhasa, car il n’y a plus personne pour rendre homme aux objets sacrés qu’il contient. En raison des événements de l’an dernier, on voit des silhouettes vêtues comme des militaires projetées sur chaque paroi du Potala. Ces silhouettes, droites comme des « i », jettent des regards haineux aux quelques pèlerins tibétains, ils les scrutent des pieds à la tête, ce qui est source d’effroi pour un Tibétain animé d’une forte foi. Quand on pénètre dans des lieux tels que l’Université de Pékin, en Chine, des gardiens en uniformes vous infligent une punition. Ces gardiens, dont l’uniforme ressemble à celui de policiers, provoquent de la crainte dans le cœur des étudiants. Je ne peux m’empêcher de penser que, de la même manière, les croyants n’osant plus se rendre au Potala, il est devenu comme un joyau qui aurait perdu son propriétaire.

3. Ce qui est le plus difficile à supporter pour un être humain, est de ne pas pouvoir être vivre en humain. C’est aussi se voir la bouche liée par autrui, se faire percer un anneau au nez, se lever pour être mené comme un animal, et pouvoir à peine se déplacer, en ayant perdu la parole et la capacité de comprendre. Pour un être humain qui vit et prospère en ce monde, une liberté minimale est nécessaire. Une des caractéristiques de Lhasa est qu’elle a de nombreux cafés. Les ruelles du Barkhor et du quartier de Shöl sont remplies de cafés (actuellement, seuls ces deux quartiers abritent des Tibétains, les autres sont tous habités par des personnes d’autres ethnies). Auparavant, ces cafés étaient des lieux de divertissement populaire pour les Tibétains. Les croyants qui faisaient le tour de Lhasa ou du Potala pour des circumambulations s’y retrouvaient après leur tour sacré, pour bavarder autour d’un bon thé au lait sucré et y passaient un moment agréable. Quand j’étais au lycée, le professeur de tibétain parlait souvent de la situation lorsqu’il était à l’université. Ce dont il ne pouvait se passer, c’était ces cafés, des lieux paisibles et agréables. Aujourd’hui, il se passe énormément d’histoires effrayantes dans ces cafés. Des gens échangent quelques nouvelles en buvant leur thé : s’ils font allusion à des voitures brûlées, des soldats, ou encore des élèves de l’école de police, ils sont immédiatement arrêtés. Une fois, quelqu’un bavardait de cela dans un café et les policiers sont venus l’arrêter. A ce moment là, un menuisier venu de la campagne, terrorisé, tenta de s’enfuir et fut donc aussi arrêté. Il fut détenu et frappé. Selon lui, tout cela était totalement infondé. C’est cela, aujourd’hui, le secret des cafés de Lhasa. Les patrons de ces troquets sont majoritairement des paysans et ils n’ont pas d’autre moyen de subsistance. A cause de ces histoires, ils en sont par exemple arrivés à ne plus pouvoir payer le loyer. Tout le monde a peur des cafés. Rares sont maintenant ceux qui les fréquentent, par crainte pour leur vie. Tous les cafés sont fréquentés par des gens (ce sont des Tibétains) qui ont abandonné leur fierté nationale et qui sont attachés aux richesses. Pour leur bien-être, ils s’y rendent chaque jour pour écouter en secret les clients. Si des personnes ont des conversations en rapport avec les évènements du 3-1-4 » [14 mars 2008], ils appellent immédiatement le bureau de la sûreté publique, et ces personnes sont arrêtées. Ah, ah ! Les gens de Lhasa sont désormais muets et ils ne peuvent même pas exprimer leurs joies et leurs peines. Il est honteux que cela se passe au Tibet, dans l’endroit le plus proéminent du puissant pays qui a organisé les Jeux Olympiques.