Le plateau tibétain est le berceau d’une civilisation de haute altitude, âgée de 5 000 ans. Sa population vit approximativement entre 2 200 et 5 500 mètres au dessus du niveau de la mer.
Préhistoire
Il existe de nombreux sites remontant au paléolithique, au microlithique et au néolithique sur le plateau tibétain, le plus ancien datant de -5 000 ans. Suite à des fouilles, plusieurs cultures néolithiques originelles ont été identifiées. Elles ont mis en évidence l’existence de sociétés basées sur la chasse, la pêche et la production de céréales (par exemple, Kharro, près de Chamdo ou Chugong, près de Sera). Le village de Kharro a été mis à jour au Kham dans les années 1970, lors de prospections minières qui ont permis la découverte d’un gisement de cuivre, troisième du monde par son importance.
La période historique commence au début du septième siècle avec l’unification des « Six clans des hommes » (myi'u gdung drug), les premiers clans ou premières tribus du Tibet central. Cet événement est suivi par l’expansion rapide de l’empire de Pugyal ou le Grand Tibet (7ème-9ème siècles) (Spu rgyal ou Bod chen po).
À cette époque est créé un système d’écriture tibétain, sur la base d’une écriture Gupta du Nord de l’Inde, et le premier traité grammatical est rédigé. Ces outils ont été introduits avant tout pour faciliter la communication à travers l’empire et pour traduire des documents et des textes bouddhiques. Le système d’écriture et les relations d’échanges avec les civilisations voisines ont permis l’introduction de nombreuses techniques et disciplines scientifiques, originaires en particulier de l’Inde, du Népal, du Cachemire, de la Perse, de l’Asie centrale turque et de la Chine. Beaucoup d’entre elles ont été intégrées à la matrice culturelle tibétaine.
Les royaumes himalayens méridionaux (Bhoutan et Sikkim) et occidental (Ladakh) se sont formés beaucoup plus tardivement. Ceux-ci, de même que la majeure partie du Nord du Népal, sont intimement liés à la civilisation tibétaine. Toutes ces régions partagent des références culturelles communes : en termes de langue ou dialecte, de système d’écriture, d’alimentation, de vêtements, d’art, d’architecture, de croyances populaires, de mythologie, de structures sociales, de pratiques d’alliance ou de religion. À de nombreux niveaux pratiques et théoriques, elles sont entièrement distinctes des références chinoises Han confucianistes et communistes.
On trouve dans ces régions périphériques les premiers signes de la culture matérielle tibétaine – drapeaux de prières et stupas, architecture des villages, vêtements et aliments de base. Y figurent l’orge et le colza dans les champs, les yaks, les moutons et les chevaux, les chiens tibétains ainsi que les abricotiers, la hotte tibétaine triangulaire typique, portée sur le dos et utilisée pour recueillir la bouse de yak et d’autres produits de première nécessité. Ces éléments sont présents à partir de 2 200 m. d’altitude environ, sur tout le pourtour du plateau. Les vallées habitées s’élèvent jusqu’à environ 5 100 m. et on trouve des campements nomades jusqu’à 5 500 m. Dans de nombreuses zones, l’environnement est hostile et désolé, si bien que la population d’agriculteurs se concentre dans des villages très dispersés, au microclimat clément. La zone habitée forme, grosso modo, un arc de cercle partant de l’ouest, traversant les régions méridionales, puis remontant au Tibet oriental jusqu’à la limite de la zone de culture tibétaine, au Nord du Kokonor. Une vaste région désertique, au Nord du Changthang, est inhabitée.
Depuis plusieurs décennies, la RPC mène une politique de sédentarisation. Les longues distances entre les zones habitées rendent le régionalisme particulièrement fort dans la société, mais les nouveaux moyens de communications, de même que la structure administrative de la RPC tend à recréer l’unité tibétaine.
Bien que les hivers glacés et les hauts cols aient, au cours de l’Histoire, découragé les envahisseurs, plusieurs communautés bien établies de Mongols, de Néwars, de musulmans chinois Hui et de musulmans cachemiris ont vécu pendant des générations dans diverses régions du Tibet. En périphérie du haut-plateau, du Ladakh au Kokonor, on peut observer un certain mélange de populations, et de nombreux non-Tibétains ont été absorbés dans la matrice culturelle tibétaine. L’identité nationale, dans ces régions frontalières, reste toujours plus une question de choix culturel et de mariage mixte que d’origine ethnique.