Deuxième partie du témoignage de Akhu Jigme /ཨ་ཁུ་འཇིགས་མེད་ཀྱི་སྡུག་པོ་མྱོང་པ་ (༢)

Politique

Lien vers le film de la deuxième partie du témoigage :

http://fr.youtube.com/watch?v=aADuMUd5iXE

Traduction :

 

Les soldats et les policiers ont pillé chaque cellule de moine. Ils ont emporté les statues, l’argent, les objets, les téléphones, la viande et la nourriture qui se trouvaient dans les cellules des moines. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’en réalité, les pillards, les assassins, ce sont les soldats du parti communiste. Ils enfreignent la loi, mais c’est nous qu’ils arrêtent. Ils nous frappent et nous torturent. Ils massacrent les Tibétains. En plus de ça, ils nous accusent d’obéir à la clique du Dalaï-Lama et d’avoir agité et soulevé la population. S’il y a une vraie égalité entre les nationalités, une vraie liberté d’expression, s’il y a une vraie liberté religieuse, pourquoi n’avons-nous pas le droit d’exprimer notre foi envers le Lama que nous vénérons au fond de notre cœur ? Pourquoi n’avons nous pas le droit de demander sa protection ?

Ils ont aussi piétiné les photos du Dalaï-lama, et cassé les cadres avec la crosse de leur fusil. Ils ont déchiré et brûlé ces photos. Quand on est Tibétain, quand on est bouddhiste, voir piétiner des photos du Dalaï-Lama, l’objet de notre foi la plus profonde, et voir déchirer ces photos, c’est quelque chose qu’aucun prix ne peut compenser. Le gouvernement chinois a dit que des Tibétains avaient cassé des vitrines et que les pertes s’élevaient à des centaines de millions de yuans, mais le fait de voir piétiner les photos du Dalaï-Lama, que nous vénérons dans notre cœur, cela n’a pas de prix.

Les moines ont été battus. Un moine de Labrang qui avait parlé à un journaliste a été frappé avec une matraque, et il a eu le fémur cassé. Il ne pouvait plus marcher. Certaines personnes ont été électrocutées avec des matraques électriques, qu’ils avaient mis sur leur tête et dans leur bouche, ce qui a abîmé leur cerveau : certains sont devenus fous. Nous avons subi de telles tortures.

Notre plus grand espoir, c’est que des journalistes étrangers et l’ONU puissent venir enquêter au Tibet, et dire quelle est la situation réelle. C’est notre principal espoir. Le gouvernement chinois nous frappe et nous arrête en disant que nous avons enfreint les lois, et beaucoup de gens ont été tués. Beaucoup de gens se sont enfuis les montagnes et ne peuvent plus retourner chez eux. Il serait très utile que les journalistes du monde entier connaissent la situation véritable et transmettent l’information. Ils comprendront que le Dalaï-Lama n’est pas l’instigateur de notre soulèvement, qu’il ne nous a pas dit « Faites sécession ! ». Le Dalaï-Lama n’a jamais dit de telles choses. Beaucoup d’entre nous soutiennent les décisions qui seront prises pour le Tibet selon la voie du milieu du Dalaï-Lama et les discussions pacifiques. Mais nous sommes désespérés par la répression que nous subissons.

Aujourd’hui, j’espère vraiment pouvoir transmettre en toute honnêteté au monde, grâce aux journalistes, les preuves des souffrances des Tibétains qui sont tués, de ceux qui sont actuellement torturés dans les prisons, ou encore de ceux qui s’enfuient dans les montagnes sans pouvoir rentrer chez eux.

Des membres du bureau de la sécurité publique, des services secrets et des équipes de propagande sont venus me surveiller dans ma cellule du monastère, et un homme est spécialement chargé de ma surveillance. Je n’ai pas le droit de sortir, pas le droit d’appeler l’extérieur. On m’a apporté un gros exemplaire de la Constitution à étudier, et je dois rédiger une lettre d’autocritique. Je ne suis pas en prison, mais je n’ai pas la moindre liberté.

Ces temps-ci, la répression s’intensifie. Ce n’est pas seulement à Labrang, ni même en Amdo. Cela se produit partout, dans les trois provinces du Tibet [traditionnel]. Beaucoup de Tibétains sont tués, massacrés, opprimés et emprisonnés. On dit que plus de deux cents personnes ont probablement été tuées, et des milliers d’autres arrêtées. Les tortures et les arrestations ne cessent pas. Ils nous ont coupé l’accès aux informations, nous n’avons pas le droit de regarder les informations ni d’avoir une antenne parabolique, et nous n’avons pas le droit d’écouter les informations en provenance des Etats-Unis ou de l’étranger. On nous a ordonné de suivre les informations et la télévision nationales. On nous a interdit d’écouter ce qu’on dit à l’étranger, et de parler aux étrangers. Où est la liberté d’expression ? Où est la liberté religieuse ? Nous éprouvons toutes sortes de souffrances.

Moi, par exemple, personnellement, je suis un moine de Labrang. Et j’ai été arrêté cette année. Je les ai regardés en face et je leur ai dit : « Si vous me tuez, alors, tout est fini. Mais si jamais je suis libéré et que j’ai l’occasion de parler, j’apporterai la preuve au monde de la manière dont j’ai été torturé, comment mes amis ont souffert, et je le diffuserai par la voie médiatique. » Quand j’ai été libéré, je n’avais pas même le droit de dire que j’avais été battu. On m’a dit que je n’avais pas le droit d’avoir des relations avec l’extérieur, mais je ne peux pas m’abstenir de dire quelles tortures j’ai subies, et quelles cruautés mes amis ont vécues. Voilà la raison pour laquelle je dois parler aujourd’hui.

Il y a aussi eu des restrictions, les Tibétains n’ont pas le droit de circuler librement. On ne nous a pas non plus donné la possibilité d’aller voir les Jeux Olympiques. Nous n’avons pas le droit d’aller à Beijing ou même à Lanzhou [capitale de la province]. Nous ne pouvons pas sortir de notre localité. Pendant les Jeux Olympiques, nous n’avons pas le droit de faire du commerce, pas le droit de pratiquer notre religion, pas le droit de faire des courses de chevaux, pas le droit de pratiquer les danses religieuses. A cause des Jeux Olympiques, aucun évènement culturel tibétain ne peut avoir lieu.

L’armée fait des rondes dans toutes les localités. Sur le terrain de Labrang, l’administration a fait ériger des figures de paille, qu’ils ont habillées en tibétains. Les soldats chinois s’entrainent à la baïonnette sur ces effigies. Leurs ennemis sont la population tibétaine et les moines, reconnaissables à leur robe.

Les Tibétains qui ont été arrêtés ne sont pas uniquement des jeunes qui ont pris part à un mouvement de révolte. Pourquoi est-ce que les militaires s’entraînent sur des effigies habillées en Tibétains ? Ce ne sont pas seulement les moines qui souffrent du fait que les Tibétains soient considérés comme des ennemis, mais aussi les fonctionnaires, les étudiants, les Tibétains ordinaires. Un grand gouvernement, un grand pays, une grande population domine et écrase une petite population comme la nôtre, une population faible. Ils nous tirent dessus. Des dizaines de milliers de soldats chinois nous encerclent, on ordonne que ceux des Tibétains qui n’obéissent pas soient tués.

Au 21ème siècle, la population mondiale avance sur le chemin de la paix, mais on emprisonne un peuple qui aime la paix et des gens qui recherchent la vérité. Les journalistes sont arrêtés, on leur interdit d’aller au Tibet, et ceux qui parlent aux journalistes sont aussi arrêtés. Il n’y a aucun espoir si on n’arrive pas à trouver quelqu’un à qui raconter la souffrance d’être battu et presque tué. Mais si on accède à un interlocuteur, il faut que le récit de cette souffrance soit transmis au monde entier.

Il faut non seulement le faire savoir au monde, mais l’ONU, aux associations des droits de l’homme, les associations de soutien au Tibet, connaissant la véritable situation, pourront aussi faire pression sur la Chine. Ils pourront faire en sorte d’arrêter le massacre des Tibétains ainsi que les arrestations, et ils pourront également permettre à ceux qui se cachent dans les montagnes de revenir chez eux. Il faut un dialogue avec les envoyés du Dalaï-Lama et une réconciliation entre Chinois et Tibétains. Le Dalaï-Lama doit être invité au Tibet. Ce sont les plus grands espoirs et les souhaits des Tibétains du Tibet. Il n’y a aucune raison pour que la paix ne revienne pas lorsque le Dalaï-Lama aura été invité au Tibet et que les problèmes auront été réglés par un accord entre Chine et Tibet. Les deux personnages vers lesquels nos pensées se tournent sont le Dalaï-Lama et le Panchen-Lama. Si on rejette le Dalaï-Lama et le Panchen-Lama, nous autres, six millions de Tibétains, ne connaîtront pas l’harmonie.