Lettre à mon amie Walza Norzin Wangmo

Nouveau Politique

Voici la traduction d'une partie de la troisième lettre que Jamyangkyi adresse à Walza Norzin Wangmo, prisonnière politique incarcérée depuis plus d'un an. La seconde partie de cette lettre sera mise en ligne très prochainement.



Lettre à mon amie Walza Norzin Wangmo


Je m’efforce aujourd’hui de t’écrire un troisième message. Quand j’ai d’abord compris que tu attendais mes lettres avec espoir, mais qu’elles devaient être écrites en chinois et que les gardiens ne te les donnaient qu’après les avoir examinées, je n’ai plus su comment t’écrire une lettre aussi particulière, aussi, ai-je passé beaucoup de temps à la préparer. Quand j’ai écrit le premier message peut-être ici la première version?, je ne savais vraiment pas par où commencer, ni comment affronter ta situation.

Voilà un an que tu as été arrêtée, et, autour du trois avril, j’ai été obligée de t’envoyer une première lettre de moins de cent syllabes. Ce message m’avait causé une violente souffrance. En effet, je ne pouvais pas y exprimer ce que je voulais te dire, ni rien de ce dont je souhaitais t’entretenir En effet, dans cette lettre je ne pouvais ni exprimer ce que je souhaitais te dire, ni aborder les sujets de discussions [qui me plaisaient]. Tout en pleurant intérieurement, je t’ai adressé par oral une ou deux paroles d’encouragements.

Après t’avoir envoyé cette lettre, presque un mois s’est écoulé sans que je ne reçoive aucune réponse, ni aucune de tes nouvelles. J’ai donc craint que tu ne l’aies pas reçue, et j’ai téléphoné à ta sœur aînée pour m’en enquérir. Elle m’a expliqué que tu avais bien reçu la lettre, quelques jours justement après que ma nièce Tshetharkyi et moi te l’avions envoyée. Elle m’a également dit qu’en prison, tu es étais très occupée par les activités qui se succédaient comme des perles, que la tâche à effectuer était lourde, et que si jamais tu ne les terminais pas, ou que tu n’atteingnais pas ton quota de travail, cela représentait une infraction du règlement de la prison et tu devrais acquitter une amende (?). De plus, on te supprimerait la possibilité de téléphoner à ton jeune fils Döndrup Dorjé une fois par mois. Or, cette autorisation de [lui parler] quelques minutes a été le fruit d’efforts répétés au travail et de ce fait [ta sœur] m’a aussi raconté que tu étais devenue extrêmement maigre et émaciée. C’est pour ces raisons que tu n’as jamais eu le temps de me répondre.

Nous considérons comme une bonne nouvelle que notre lettre soit bien parvenue entre tes mains. Cette après-midi là, je t’ai, depuis chez moi, immédiatement écrit la seconde lettre, et le soir, quand je suis allée au restaurant tibétain Les Pléïades 1, j’ai dit à ma nièce de l’envoyer rapidement, dès le lendemain matin. Elle m’a répondu qu’elle aussi avait terminé d’écrire sa lettre. C’est pourquoi, j’ai pu envoyer ces deux lettres ensemble, et sans lien entre elles. Tu avais déjà vu ma nièce, mais vous ne vous connaissiez pas du tout. Cependant, est-ce parce que je lui ai souvent décrit toutes tes qualités humaines ? Elle s’est en tout cas spontanément engagée à t’envoyer une lettre par mois. Son comportement et l’exécution [de sa décision] m’ont fait extrêmement plaisir, c’est la raison pour laquelle je t’en parle.

 

En écrivant la deuxième lettre, certes je n’étais pas, comme la première fois, tourmentée par un sentiment de dégoût, mais comme précédemment, je ne savais pas ce quoi dire. Écrire des mensonges était  devenu pour moi quelque chose d'extrêmement pénible. Et si je me contentais de rassembler un ou deux mots pour terminer cette lettre, je craignais que cela ne te satisfasse pas. Je t’ai donc parlé de l’exemple de Phüntshog Wanggyel2, Un Révolutionnaire tibétain, que je venais de lire, ces jours-là . La raison centrale pour laquelle je t’ai parlé de lui, c’est qu’en étudiant pendant les dix-huit années qu’il a passées en prison, il est devenu érudit. Je voulais dire que si toi aussi, tu prends modèle son courage et sa persévérance, ce sera bénéfique par la suite.

On n’a aucune assurance que les gardiens de prison ne te tromperont pas sur le décompte de tes points. C’est pourquoi, même si le temps est très restreint, j’espère que tu profiteras du moindre moment libre pour lire des livres, sans tomber dans le piège de l'escroqueries de la tromperie. Mais je n’ai pas osé te le dire directement, de crainte que les gardiens ne te transmettent pas cette lettre, si je parlais trop franchement.

  1. 1. nom du restaurant tibétain que Jamyangkyi, qui est une bonne cuisinière, a ouvert depuis sa libération
  2. 2. voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Phuntsok_Wangyal et http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=7127&t=4)